Jean-Michel Le Boulanger, aux manettes de la culture
Article paru dans Bretons, juillet 2010
Vice président à la culture du Conseil Régional depuis mars dernier, Jean-Michel Le Boulanger n’est pas un politique. Enseignant, géographe, président des Fêtes Maritimes de Douarnenez, c’est avant tout un homme de terrain. Il souhaite insuffler à la région une politique culturelle profondément bretonne mais radicalement ouverte aux cultures étrangères. Une politique à son image.
Aux murs de son nouveau bureau rennais, au troisième étage du Conseil Régional, Jean-Michel Le Boulanger a épinglé une affiche des Fêtes Maritimes, édition 2006. Sa valise, qu’il ne quitte plus, est rangée dans un coin. Depuis
son élection, les allers-retours entre Rennes et Douarnenez, où il vit depuis une trentaine d’années, rythment ses semaines. Un changement de vie qu’à 54 ans, il n’avait pas prévu : “Jean-Yves Le Drian est venu me chercher à ma grande surprise. Je ne m’y attendais pas, parce que je ne suis pas élu local et que je ne suis pas militant d’un parti politique. J’ai été au Parti Socialiste dans le temps mais j’ai arrêté toute vie politique en 1995 et je n’imaginais pas y revenir. J’étais un simple citoyen et électeur, de gauche. Mais j’ai dit oui ! Et avec un grand bonheur !”.
Candidat d’ouverture sur la liste conduite par Le Drian, Jean-Michel Le Boulanger n’a pourtant pas été choisi au hasard. Titulaire d’une thèse de géographie historique, il a beaucoup travaillé sur la matière de Bretagne. C’est également un militant culturel, qui s’investit depuis toujours dans la vie associative, par passion et par amour pour les gens. “Une moitié de moi est seule dans son bureau à écrire des bouquins ou à préparer des cours, des conférences, des colloques ; et puis l’autre moitié a besoin des gens.”
Deux personnalités qui doivent faire des concessions pour s’adapter aux fonctions de vice-président du Conseil Régional… L’enseignant-chercheur conserve ses cours mais abandonne la direction du Master Patrimoine de l’Université de Lorient, et accepte de publier moins. Le militant associatif démissionne de la présidence des Fêtes Maritimes de Douarnenez mais reste membre du bureau. Un choix motivé avant tout par un besoin de cohérence : “J’ai toujours dit que le porte parole des Fêtes Maritimes, parce qu’il représente tout le monde, ne doit pas être engagé dans le débat politique. Je suis élu politique, donc je ne peux plus être porte-parole. Mais je reste membre du bureau”. La même logique guide son choix de renoncer à la présidence du collège “identité bretonne” de Produits en Bretagne et à la vice-présidence du Conseil Culturel de Bretagne.
Malgré les sacrifices, Jean-Michel Le Boulanger ne regrette rien. Les rencontres, les réflexions et les échanges qu’il mène depuis ses débuts au Conseil Régional l’enthousiasment : “C’est vachement riche ! C’est extraordinaire ! Dans tous les domaines !”. Pays par pays, il sillonne la Bretagne à la rencontre des acteurs culturels, pour leur exposer les grandes lignes de son projet et recueillir leurs avis, leurs idées et leurs attentes. En novembre, ce travail sera traduit en projets concrets et en politiques culturelles lisibles, dont la philosophie est déjà fixée. Elle tient en deux mots : égalité et diversité. “Je refuse absolument toute hiérarchie entre les formes de culture. Les cultures ouvrières, les cultures maritimes, les cultures urbaines sont aussi importantes que les cultures dites savantes. J’ai également la conviction qu’il faut concevoir la diversité comme une richesse : la diversité des regards, des pratiques, des racines, apportent aux sociétés. L’unicité est un handicap, la diversité est une richesse.”
Dans le grand débat sur les pratiques identitaires, Jean-Michel Le Boulanger est persuadé que la Bretagne doit servir d’exemple. Il parle avec passion de la richesse musicale bretonne, basée à la fois sur l’enracinement et sur l’ouverture : “les bagadou ont une culture de leurs racines, ils savent d’où ils viennent, et sont en même temps très ouverts”, assure-t-il. Citant Erik Marchand et Dilasser, il salue la capacité des artistes bretons, tous univers confondus, à être ouverts tout en restant eux-mêmes. Lui-même a construit son identité autour de ces notions : “je suis d’abord breton mais je ne suis pas que breton. Je suis breton et français et européen et citoyen du monde. Et je me sens bien dans ce bricolage”, affirme-t-il. Refusant l’enfermement autour d’un seul territoire, il fait siennes les valeurs portées par Condorcet, Jaurès ou la résistance et se dit “en appétit” pour les cultures russes, ukrainiennes, japonaises, sud-américaines, etc.
Ce bricolage identitaire remonte à son enfance. Fils d’un militaire bretonnant – ayant appris le français à l’école -, il a beaucoup déménagé à travers la France tout en étant profondément marqué par la culture bretonne : “quand on vivait à Nancy, à Paris ou à Poitiers, on vivait au rythme des matchs de l’en avant de Guingamp. On recevait l’écho de l’Armor et de l’Argoat partout où on allait. Mon père n’a jamais fait changer l’immatriculation de sa voiture. On a toujours été 22, toujours !”, se souvient-il fièrement. Quand on lui demande où il est né, il tente en revanche de brouiller les pistes : “aussi loin qu’on remonte dans l’arbre généalogique, je suis trégorois !”, déclare-t-il avant d’avouer à contrecœur avoir vu le jour à Châlons-sur-Marne. Qu’importe ce détail, le vice-président est foncièrement breton, et peut-être bientôt bretonnant… Son pari : faire un discours en breton pour l’édition 2014 de la Redadeg, la course pour la langue bretonne !
